Musique aux enfants : au-delà des notes et des sons

Il m’arrive parfois d’être profondément touché par le bien que l’humanité peut faire.

Kent Nagano, principal chef de l’OSM (Orchestre symphonique de Montréal), a mis sur pied un des programmes d’initiation à la musique qui m’est le plus cher. Il a réussi à implanter un projet pilote à l’attention de jeunes gens vivant dans des quartiers particulièrement démunis en ville. Destiné à des enfants d’âge préscolaire, le programme cherche à promouvoir leur croissance personnelle par la musique, et ce, pour les encourager à viser plus haut que les normes et attentes de leur communauté.

Les enfants de ce milieu disposent de peu moyens pour s’épanouir à leur juste valeur. Le talent n’était pas un critère de sélection. Les parents, quant à eux, ne souhaitaient qu’une seule chose, soit une occasion de voir leurs petits réussir.

Le programme se déroule comme suit : chacun des participants recevait trois heures de formation musicale par jour, l’horaire divisé en parts égales entre le piano, le violon et le chant. D’un point de vue sociologique, la question se pose sur l’impact de cette formation sur le développement de leurs facultés, sans oublier les compétences linguistiques et mathématiques, voire leur intégration sociale.

Toutes les études s’entendent à dire que l’enseignement de la musique engage une foule d’activités mentales. Le seul fait d’apprendre la musique et de la jouer fait appel à une interconnexion intense des capacités du cerveau.

Ayant eu la chance récemment de voir ces jeunes se produire chez nous, j’ai pu constater le degré d’implication à la tâche tout en m’apercevant de cette interconnexion. Que ce soit le rythme, la mémoire à court ou à long terme, l’orientation dans l’espace, la coordination manuelle et oculaire et le plaisir éprouvé, tout y était, et sans doute les parents et sociologues y ont vu d’autres choses.

Toutefois, une ombre se glisse sur tableau, lorsque l’on doit se poser une question d’ordre social, à savoir : ne vaut-il pas mieux investir dans les jeunes dès leur enfance que d’attendre à plus tard pour remédier les problèmes qu’ils pourront connaître un jour  ?

Le fait même de soulever cette question est regrettable en soi. Cela relève presque de l’évidence que de vouloir encourager le développement mental d’une personne pendant sa jeunesse. Non seulement lui donne-t-on les moyens de bien partir dans la vie, on lui offre l’occasion de mieux prendre en main son propre destin. Toutefois, il faut s’appuyer  sur des études scientifiques pour appuyer nos revendications auprès des décideurs publics responsables de notre système d’éducation. Impossible de passer sous silence ici que l’enseignement de la musique a été complètement évacué des curriculums.

J’ai eu vent récemment d’anecdotes provenant de professeurs du programme «  Musique aux enfants  ». Ceux-ci avaient remarqué que certains jeunes ne connaissaient ni anglais ni français à leur entrée scolaire et accusaient un retard sérieux par rapport aux autres élèves. Pourtant, en quelques mois à peine, ou jusqu’à une année et demie plus tard, ils étaient mieux intégrés et plus heureux, signe qu’ils avaient rattrapé leurs camarades de classe issus de milieux plus privilégiés.

Je ne peux qu’imaginer la réaction des familles qui voient comment leurs enfants sont accueillis dans notre société et pris en charge par elle. Personne ne serait indifférent à cela.

En ce qui me concerne, les enjeux de cette initiative dépassent de loin la seule initiation à la musique. Pourtant, si certains enfants y trouvaient leur vocation, ce ne serait qu’une valeur ajoutée au tout.

Nous avons eu la chance de visiter l’école offrant ce programme. J’ai été fort impressionné. Un enseignement pareil me semble tellement évident, mais je me désole au fait que l’expérience soit unique chez nous. Quelle perte… et quel dommage.

Je tiens enfin à remercier Maestro Nagano et tous les participants dans la réalisation du projet. Cela a même été un privilège pour moi de contribuer à la chose en captant sur le vif ces jeunes de cinq ans jouant leur morceau en fin d’année. À eux et à leurs proches, nous leur souhaitons tout ce qu’il y a de mieux.

Oliver Esmonde-White

P.S. Nous reviendrons sur ce sujet dans les semaines à venir avec des témoignages des différentes parties en cause et peut-être même quelques extraits vidéo de cette activité, réalisée en avril dernier dans l’Espace Oliver-Jones.

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