Le coin des spécialistes : L’harmonisation du piano (Un art en soi)

,

(Suite du blogue du 24 mars.)

Dans le premier volet de ce blogue, l’harmonisation a été définie comme un travail d’ordre technique effectué sur les marteaux pour améliorer le transfert de l’énergie sur les cordes, et ce, en fonction d’un son instrumental recherché.

.Il y a trois aspects que le technicien doit considérer dans ce travail, soit

1 – le réglage,

2 – la connaissance des marteaux et la modification des têtes,

3 – l’approche technique et artistique.

Passons en revue chacun des points.

1 – Réglage

L’objectif global de cette tâche vise à aligner entre elles la structure harmonique innée de l’instrument à celle purement mécanique, cette dernière plus malléable au réglage que la première.

Le travail comporte deux étapes.

Dans un premier temps, le technicien doit effectuer des pré-réglages. Ceux-ci consistent à positionner les composantes mécaniques dans l’espace au moyen d’un ensemble de points de réglages, soit une douzaine pour chacune des 88 notes étalées sur l’ambitus complet du clavier. Ce travail permet d’établir une cohérence des réglages sur l’ensemble de l’instrument.

Dans un second temps, on passe au réglage comme tel, le but étant de contrôler toute l’étendue dynamique dont le piano est capable de produire. Plus précisément, il s’agit de régler le mouvement du marteau de manière à ce que son action mécanique soit la plus naturelle possible. D’un point de vue technique, on parle de mettre l’instrument aux bonnes cotes. Ce terme se définit en fonction des distances mesurables entre les différentes pièces, lesquelles sont variables d’un instrument à l’autre mais toujours inscrites à l’intérieur d’un certain écart. Règle générale, les réglages se font autour des normes établies par le fabricant. Le technicien doit alors appliquer les cotes rigoureusement sur l’étendue complète du clavier. À cette fin, il détermine habituellement ces cotes en échantillonnant quelques touches au milieu du registre grâce à une lecture verticale du bas vers le haut, soit du châssis vers les cordes. Il ne lui reste plus qu’à répliquer les données recueillies de cette prise d’informations sur l’ensemble de l’instrument.

2 – Connaissance des marteaux et modification des têtes

La pratique courante veut qu’un technicien s’aligne sur les normes établies par le fabricant, mais tout est possible ici, du moins à l’intérieur de certaines limites. Il est toutefois possible de modifier les têtes existantes pour altérer la couleur sonore de l’instrument. D’une part, on peut traiter les feutres avec des produits chimiques (une pratique généralement américaine) ou, d’autre part, les assouplir à l’aide d’un pique-marteau (une approche plus européenne — voir illustration ci-dessous). De cette manière, on peut adoucir le son de l’instrument pour le rendre plus apte à un usage domicilier, ou encore lui donner un volume plus ample pour projeter davantage dans une salle de concert. Cela dit, la norme actuelle de production d’instruments veut qu’ils soient plus résistants à la frappe, si bien que l’on assiste à une espèce de course vers la puissance. Un piano moderne doit donc être à la fois plus durable et robuste. À cette fin, les instruments contemporains sont construits selon des critères beaucoup plus uniformes que ceux du passé.

L’usage du pique-marteau

3 – Approche technique et artistique

Tel que discuté dans le blogue d’origine, ce dernier aspect est le plus difficile à cerner, car il est lié à une perspective assez subjective de la musique, sa beauté, même les termes pour les décrire. Techniquement parlant, le but de l’exercice se résume à trouver des moyens pour créer un instrument capable de produire le plus grand éventail de dynamiques possibles, du plus léger pianissimo au fortissimo le plus majestueux. Mais il n’y a pas de solution miracle ici, car chaque fabricant suit sa propre recette..

En conséquence, le technicien doit procéder avec beaucoup de soin. En fait, un bon 50 % du travail d’harmonisation repose sur une bonne écoute. En aval, il doit d’abord jouer le piano pour comprendre sa couleur sonore; par la suite, il est important de saisir les attentes du musicien même, savoir ce qu’il entend quand il recherche un son « chaud », « brillant » ou autre. En mot un donc, le technicien doit en quelque sorte déchiffrer la conception sonore de l’utilisateur, même si cela le place un peu entre l’écorce (du musicien) et l’arbre (de l’instrument). Pour autant que les connaissances techniques et l’expérience du technicien sont les garants d’un bon travail, ils ne sont rien sans cette dimension artistique, indispensable à toute bonne harmonisation.

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *