L’harmonisation du piano — Un art en soi

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(Première partie)

Nouvelle version révisée et augmentée (avec le concours de Lucas Garcia, technique spécialiste en harmonisation).

Tout propriétaire de piano fait appel aux services d’un technicien à un moment donné, le plus souvent pour l’accorder. Pourtant, il y a d’autres moyens pour améliorer le rendement d’un piano en terme de sonorité que de le mettre au diapason. L’harmonisation en est un.

Il se peut qu’un technicien vous ait déjà parlé de l’harmonisation sans vraiment vous l’expliquer. Il y a deux façons d’aborder le sujet, une simplifiée pour les novices en la matière, l’autre plus « technique », mais plus exacte sur sa vraie nature.

La première explication part d’une analogie : imaginez que votre piano soit un système de haut-parleurs. Ceux-ci reproduisent des sons étalés sur une tessiture de fréquences d’amplitudes différentes, certaines graves (les basses), les autres réparties entre des registres moyen et aigu. Tout haut-parleur est doté de cônes qui réagissent à des impulsions électriques générées par les sons. Moyennant un équipement de qualité ou en bon état de fonctionnement, les sons seront bien définis, arrondis et clairs, ou saturés et distordus, s’il n’est pas au point ou simplement pas assez performant. Le piano, pour sa part, produit ces fréquences au moyen du clavier, mais la qualité des sons dépend beaucoup sur les réglages de la mécanique ainsi que de ses matériaux constituants. Le but de l’harmonisation consiste à effectuer un travail de calibrage de tous ces éléments pour assurer un meilleur rendement du piano en termes de fidélité sonore.

L’explication « technique », pour sa part, permet de comprendre les enjeux réels de cette tâche. Piano et haut-parleur partagent un point commun, ils sont tous deux des transducteurs : le premier crée une onde sonore par le transfert d’énergie d’une masse (le marteau) à la corde ; le second remplit la même fonction par une membrane qui traduit en sons des impulsions électriques qui lui sont transmises.

Concrètement, « l’harmonisation » est un procédé comportant trois volets :

1 – le réglage,

2 – le choix des têtes de marteaux,

3 – l’approche technique et musicale.

Dans les lignes qui suivent, nous offrons au lecteur quelques notions de base, question de saisir les enjeux de l’harmonisation. Nous explorerons davantage chaque volet dans un blogue à venir, lequel sera inscrit dans une sous-rubrique ponctuelle intitulée Le coin des spécialistes.

Le marteau de piano

1 – Le réglage consiste à contrôler le mouvement du marteau sur la mécanique de l’instrument joué par le pianiste.

2- Le choix des têtes de marteaux est une tâche relevant d’un sens aigu de discernement du technicien. Pour ce faire, il doit tenir compte des préférences de l’artiste en matière de sonorité, la capacité de l’instrument même (voire ses limites) ainsi que son environnement (salle de concert ou salon privé par exemple).

Il est important de savoir que la pose d’une sorte de feutre de marteau ne produit pas nécessairement les mêmes résultats sur différentes marques d’instruments; en fait, ils peuvent différer du tout au tout. Ce constat nous mène au dernier des trois volets, soit l’approche technique et musicale.

3- L’approche technique consiste à agir physiquement sur la tension exercée par le feutre, pressé et collé sur l’âme en bois de la tête de marteau. Le but de ce travail est de donner au pianiste toute la dynamique qu’il recherche sur l’ensemble de l’instrument. Lors de la frappe du marteau contre la corde, l’énergie n’est pas seulement transmise à l’extérieur de l’instrument, elle est aussi absorbée en lui, plus précisément dans sa table d’harmonie. Pour revenir à l’analogie entre le piano et le haut-parleur, il suffit de penser à un matériau rigide et résistant qui étouffe le son en emprisonnant l’énergie en lui et un second, plus souple, qui le diffuse davantage, au point de créer de la distorsion si l’instrument lui est trop « sensible ».

L’approche musicale, enfin, est un sujet beaucoup plus difficile à cerner. Il faudrait même un ouvrage entier pour en parler, puisque que l’on est dans un domaine beaucoup moins palpable, le plus souvent identifié par des adjectifs comme « chaud »,« brillant », « métallique », « sec »… Comme il existe autant de définitions du son qu’il existe de pianistes, cela place le technicien dans une position particulièrement délicate, soit de comprendre la conception du son du musicien et de pouvoir rencontrer ses attentes dans son propre travail.

 

(À suivre)

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