Le système Dampp-Chaser — Bénéfices et exigences

   Imposant de nature, le piano est un meuble massif et solide qui semblerait être à l’épreuve de tous les coups. En réalité, il est bien plus fragile qu’on le pense et ne peut être laissé à lui même. Parmi les dangers qui guettent un piano, l’humidité est l’un des plus nuisibles. Pour assurer une longue vie à l’instrument et s’épargner bien des maux de têtes, sans oublier des réparations coûteuses, il est important de bien contrôler le taux d’humidité. À cette fin, il existe un moyen particulièrement efficace.

 

Figure 1 : Les composantes du système Dampp-Chaser


Le piano est une construction particulièrement complexe et sophistiquée qui comprend des matériaux aussi divers que la fonte, des plastiques, du feutre et, le plus important de tous, le bois. Comme toute substance organique, le bois est délicat de nature, donc susceptible aux conditions ambiantes. Le Canada, comme on le sait, est un pays de forts contrastes climatiques et atmosphériques, son été caractérisé par des périodes de canicules, l’automne par ses fraîcheurs et l’hiver par des périodes de froids intenses. Soumis à des conditions extrêmes, un piano est particulièrement vulnérable aux fluctuations des taux d’humidité : plus celui-ci s’élève, plus le bois se dilate; en en période de sécheresse prolongée, il se contracte. Un utilisateur bien avisé doit donc tenir compte de ces réalités, autrement il pourrait exposer son instrument à de sérieux problèmes d’entretien. Dans le premier cas, les touches du clavier se mettront à coller ou les cordes seront exposées à la corrosion (pour ne donner que deux exemples); dans le second cas, des fissures ou gondolements apparaîtront le long de la table d’harmonie.

   Pour éviter tous ces ennuis, un piano doit donc être maintenu à un taux d’humidité assez constant. Les experts en la matière affirment qu’un facteur RH (échelle d’humidité relative) de 42 % est la valeur idéale. Les fluctuations de cette valeur ne sont pas à craindre, du moins si l’écart ne dépasse pas les 20 % dans le cours d’une année, l’expérience démontrant une meilleure stabilité au niveau de la tenue d’accord.

   Pour maintenir cette valeur idéale, il y a essentiellement deux moyens. Le premier consiste à placer l’instrument dans un lieu (maison, salle de concert) doté d’un système central de contrôle d’humidité jumelé à ceux du chauffage ou de la climatisation du bâtiment. Cette situation est assez exceptionnelle voire inexistante dans les résidences privées.

   Le second moyen offre une solution de rechange bien plus efficace, en l’occurrence la pose d’un système Dampp-Chaser (marque déposée). Unique en son genre, ce dispositif a fait ses preuves aux quatre coins du globe, et ce, depuis la fin des années 1940. Sise aux États-Unis dans l’État de la Caroline du Nord, l’entreprise fabrique deux modèles, le premier pour le piano droit (figure 3), le second pour les pianos à queue (fig. 2), ce dernier offert en deux variantes, une conçue pour les instruments de petite taille, l’autre pour ceux de plus de sept pieds.

 

 

 

Les composantes du système sont les suivantes (voir fig. 1, en début d’article) :

1— Humidificateur : permet de conserver le taux d’humidité en milieu sec. Un réservoir (ou deux reliés entre eux par un tuyau pour les pianos à queue de grandes dimensions) est rempli d’eau. Celle-ci est diffusée en vapeur dans la caisse de l’instrument au moyen de deux chiffons, ou buvards, pendus sur une tige chauffante.

2— Déshumidificateur : évacue les excès d’humidité par diffusion de courants d’air chauffés.

3— Humidistat (cerveau de l’appareil) : muni de senseurs, il détecte les variations d’humidité et actionne l’un ou l’autre des deux éléments précédents au besoin, le plus souvent en alternance.

4— Boîtier de contrôle à trois lumières LED

      Voyant vert : indicateur d’alimentation du courant.

      Voyant jaune : indicateur du niveau d’eau de l’humidificateur. Il se met à clignoter lorsque le niveau est trop bas.

      Voyant rouge (capteur intelligent) : indicateur d’absorption d’eau par les buvards. Quand ceux-ci n’accomplissent plus cette tâche,  faut les changer et le voyant clignote en guise d’avertissement. Il est recommandé de les remplacer aux six mois.

5— Cruche en plastique pour le remplissage de l’humidificateur (Universal Water Jug).

6— Tube de remplissage : voie d’accès entre la cruche et l’humidificateur.

7— Solution PAD Treatment. : empêche la formation d’algues et autres produits organiques dans le réservoir d’eau et le tube de remplissage. Il est préférable de remplir la cruche d’abord et d’y ajouter une capsule de solution par la suite.

   Quelques remarques s’imposent ici sur l’alimentation du système en eau. Les teneurs en minéraux peuvent varier du tout au tout selon les endroits. Lorsque les concentrations sont élevées, cela crée des dépôts dans l’humidificateur et les tubes, entraînant ainsi leur corrosion. L’emploi d’une eau distillée prévient ce problème, mais occasionne un autre. L’humidificateur, il faut le savoir, est doté de deux électrodes qui permettent de déterminer le niveau d’eau. S’il atteint un certain seuil critique, le voyant jaune se met à clignoter. Les minéraux sont toutefois essentiels pour faire passer le courant, sinon le système d’avertissement se déclenchera dans tout réservoir contenant de l’eau distillée, même rempli. On recommande donc de verser une capsule de la solution PAD Treatment à toute eau déminéralisée ou d’ajouter périodiquement une pincée de sel ou un verre d’eau du robinet.

  Si vous tenez à votre instrument, l’investissement vaut le coup : tous les professionnels le savent aussi, qu’ils soient facteurs d’instruments, techniciens, artistes de concerts, enseignants ou gérants de salles. Cependant, il faut être conscient du fait que ce dispositif requiert un entretien assidu : ou bien on demande à l’installateur d’effectuer un examen de l’appareil sur place, idéalement aux six mois, ou bien l’usager assume cette tâche de son propre chef. Dans ce dernier cas, il peut par exemple fixer une alarme de rappel sur son téléphone portable à chaque semaine pour procéder à une vérification sommaire de l’humidificateur. Il faut donc comprendre qu’on ne peut laisser le Dampp-Chaser à lui même. Ne vous laissez pas accroire que vous n’avez plus à vous en soucier. Si vous n’êtes pas en mesure de faire le suivi requis, il vaut mieux ne pas l’acheter.

  Le déshumidificateur, pour sa part, est un atout des plus fiables, puisqu’il n’exige aucun entretien et contribue à réduire les écarts de taux d’humidité du tiers, un fait confirmé par des études en laboratoire.

  En terminant, il est important de souligner un point qui passe très souvent inaperçu : certains facteurs de pianos ne reconnaissent pas la pose de cet appareil et annuleront leur garantie en conséquence. Ils s’accordent aussi ce même droit dans le cas contraire, soit le non-respect du maintien de l’instrument à un certain taux d’humidité. Il est à conseiller de vérifier d’abord les conditions d’une garantie d’instrument avant de procéder à une installation, ou de consulter directement le fabricant à cet effet.

  Si vous allez de l’avant, il faut s’en remettre à un technicien expérimenté en la matière. Sur la page Web multilingue de l’entreprise, on retrouve des répertoires d’ateliers répartis par pays et, dans certains cas, par régions (les provinces canadiennes par exemple). Dans les mains d’un bon technicien, la pose du Dampp-Chaser se fait en un tournemain, en une heure dans la plupart des cas, parfois moins (les pianos droits par exemple). Afin de mieux conserver l’humidité dans un piano de concert, le technicien fixe une toile sous la caisse, ou à l’endos dans le cas d’un piano droit. Cette mesure ne fait pas que rehausser l’efficacité du système, elle réduit de beaucoup la fréquence de remplissage de l’humidificateur.

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